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Une semaine au Paraguay


Asunción Notre premier contact avec le Paraguay fut lors de notre atterrissage à Asunción à 4h du matin. Autant te dire que nous avons eu beaucoup de peine à comprendre le douanier qui nous parlait de manière très rapide et avec un accent proche de l'argentin. Même peine ensuite à calculer combien d'argent il nous fallait retirer lorsque nous nous sommes retrouvées face au distributeur qui nous proposait des millions de Guaranis. Petite astuce si tu changes de pays la nuit : réfléchis à l'avance à calculer le change ! Après quelques bonnes heures de sommeil nous avons rejoint M. Werner Gerber, notre contact suisse à Asunción, grand connaisseur du Chaco Paraguayen et de sa population. Il nous a offert un tour en voiture pour découvrir la capitale de manière originale et honnête. Nous avons commencé par le pauvre Asunción au abord du quartier historique. C'est avec beaucoup de consternation que nous avons découvert "la Chacara", sorte de bidonville en plein centre de la ville. La misère qui gît là est d'autant plus bouleversante qu'elle côtoie les grands immeuble et surtout le beau palais du gouvernement qui se trouve deux rues plus loin.

Nous avons ensuite longé le Rio Paraguay avant de rejoindre un mirador d'où l'on peut admirer toute la ville. Et là le choc: nous n'avions jamais vu une capitale, ni même une ville de cette envergure, autant verdoyante! De loin, Asunción ressemble à une forêt avec des constructions de bétons émergeant ci et là de la végétation. Elle est d'ailleurs considérée comme ville la plus verte au monde.

Nous avons ensuite clôturé notre visite progressive de la ville par les quartiers riches. Nous avons profité de la magnifique vue qu'offre la terrasse de l'hôtel​ Yacht & Club, à laquelle nous avons accédé librement sans qu'on nous pose aucune question.

Cette première visite d'Asunción nous a appris une chose sur le Paraguay : c'est un pays où le contraste entre riches et pauvres est très fort. Les "quelques" riches possèdent d'énormes villas totalement vides alors que les pauvres s'entassent dans des huttes le long de la rivière d'où le gouvernement veut les chasser. Et du jour au lendemain un riche peut perdre son pouvoir (bien souvent lié à la politique), dégringoler et abandonner la construction de sa villa qui se transformera en ruines et fera du quartier riche un endroit bien glauque et pathétique, hanté par les anciennes gloires destituées... Un autre aspect qui nous a particulièrement marquées lors de notre séjour à Asunción concerne la population : elle est extrêmement chaleureuse, généreuse (nous n'avons pas réussi à payer un repas au restaurant à quiconque...) et toujours prête à se mettre à notre service. Nous avons rencontré un français et sa femme paraguayenne au restaurant de M. Gerber (que nous recommandons très fortement, surtout pour sa délicieuse cuisine et ses fromages à la suisse!). Nous leur avons posé quelques questions sur le lac Ypacaraí et il nous ont proposé spontanément de nous y emmener en voiture le lendemain ! Nous avons donc passé l'après-midi suivant en leur compagnie pour découvrir ce superbe endroit.

Mais notre plus grande chance nous fut offerte par M.Gerber et l'ambassadeur Suisse en Uruguay. Ils nous ont invitées à participer à leur visite de deux jours des colonies du Chaco! El Chaco Est appelé Chaco l'énorme plaine désertique qui s'étend au nord du Rio Paraguay (à la périphérie d'Asunción) jusqu'à la frontière avec la Bolivie et le Brésil.

Cette plaine n'a jamais eu d'habitants sédentaire, elle a toujours été peuplée par des nomades qui y venait pour chasser durant la bonne saison (Chaco signifie "lieu de chasse" en quechua) puis retournaient vivre sur l'altiplano. Ainsi le Chaco est une sorte de grande page blanche, à l'histoire toute récente, aux conditions de vie compliquées où chacun tente d'écrire sa propre histoire, de reconstruire son idéal en partant de rien. Nous avons rencontré trois communautés bien différentes lors de notre visite. Mais que ce soit les Mennonites, la minuscule colonie suisse de Rosaleda ou l'école Pa'í Puku, tous essayent de faire au mieux pour que leurs membres vivent de la meilleure manière possible. Nous reparlerons de Pa'í Puku dans un prochain article, je vais donc te raconter ici notre visite avec l'ambassadeur. Mais d'abord je vais t'expliquer comment nous nous sommes retrouvées dans un avion avec l'ambassadeur, le premier consul et M. Gerber à survoler le Chaco !

Il y a 1mois nous avons reçu un mail nous informant que M. Gerber (avec qui nous étions en contact pour organiser notre visite à Pa'í Puku) devait affréter un petit avion de 12 places pour l'ambassadeur Suisse en Uruguay qui souhaitait visiter les colonies et qu'il restait des places ! Nous avons donc arrangé notre planning pour arriver à Asunción un peu plus tôt. Et voilà, il y a 5 jours nous embarquions donc pour deux jours chargés avec l'ambassadeur M. Didier Pfirter, le consul honoraire M. Santiago Llano, un délégué de la chambre du commerce Suisse et M. Gerber, le meilleur guide que nous pouvions avoir pour comprendre la mentalité du Chaco. Le premier vol en direction de la colonie des Mennonites fut un peu bringuebalant (et un baptême de l'air en petit avion pour Nathalie !). En le survolant, nous avons découvert une plaine interminable et surtout très verte grâce aux fortes pluies des semaines précédentes. (Ne vous y trompez pas, même si nous sommes en hiver ici nous avons eu droit à des températures atteignant 35 degrés). Comme le Chaco n'a pas une très vieille histoire ni d'habitants originaux, l'état a vendu et réparti sa surface de la manière la plus facile à calculer : en rectangle. Ainsi tout le Chaco, ses champs, ses estancias sont divisés en formes parfaitement géométriques ! Assez impressionnant à voir depuis un avion.

Nous sommes arrivées chez les Mennonites dans la matinée. Cette colonie descendante des protestants s'est installée dans le Chaco au début du 20ème siècle après avoir vécu en Suisse pour certains, en Allemagne, en Pologne, en Russie et parfois au Canada. Ils sont partis de rien et peu à peu ont réussi à reconstruire une société hyper développée et hyper centralisée. L'association et la coopérative des Mennonites organisent leur société de manière très précise et ainsi leurs membres participent à un système communautaire dans lequel ils payent des taxes qui seront réparties pour payer les assurances, l'éducation, les routes, les impôts à l'état Paraguayen, etc. pour tout le monde. La société Mennonites est très au point, chacun joue son rôle et fait tourner cette grande machine qui fait des colonies Mennonites du Chaco des petites sociétés à part, au pouvoir économique de plus en plus fort. Nous avons d'ailleurs visité plusieurs de leur entreprises comme l'abbatoir où plus de mille bêtes sont tuées et préparées à la vente chaque jour, leur laiterie, leur centre d'insémination artificielle du bétail, leur foire d'agriculture, leur futur centre culturel et un hôpital indigène qu'ils ont aidés à bâtir.

Le lendemain, nous sommes repartis en avion pour aller rendre visite à la petite colonie de Rosaleda, un groupe d'une bonne vingtaine de suisses-allemands vivant eux aussi de manière fermée et indépendamment du reste du Paraguay. Ils sont partis de la Suisse pour trouver ici la tranquillité et vivent de leur retraite Suisse. Il était assez incongru de manger avec ces personnes qui ne parlent d'ailleurs quasiment que le schwizerdütch et qui vivent dans un désert ou les températures montent facilement à 45 degrés en été mais qui gardent malgré tout des photos de nos montagnes enneigées chez eux. Une grande partie de leur construction ou équipement est lui même importé de Suisse et nous avons partagé avec eux un buffet de viande froide, fromages, poires et raisins ! Rosaleda est vraiment une sorte de petite Suisse perdue au milieu du désert Paraguayen​.

Et voilà, après 2 jours de visite intense en pleine immersion dans le Chaco Paraguayen nous avons repris l'avion pour Asunción où nous avons pris congé du consul et de l'ambassadeur. Grâce à cette visite nous en avons appris plus que n'importe quel touriste lambda sur le Paraguay, ses colonies et son histoire et nous sommes extrêmement reconnaissantes, notamment envers M. Gerber, d'avoir eu cette opportunité unique!

#Paraguay

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